Il pousse plus de choses dans un jardin que n’en sème le jardinier…

Cochenille tortue du pin : les arbres en pot sont-ils aussi concernés ?
La cochenille tortue du pin, Toumeyella parvicornis, menace les pins en France. Symptômes, dégâts, plantes hôtes, origine, dissémination et solutions.
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Cochenille tortue du pin : les arbres en pot sont-ils aussi concernés ?

Cochenille tortue du pin : les arbres en pot sont-ils aussi concernés ?

Un pin qui semble soudainement couvert de noir, des aiguilles qui rougissent, des rameaux qui dépérissent et parfois une substance collante qui recouvre une terrasse ou une voiture : ces symptômes peuvent aujourd’hui correspondre à un ravageur encore récent en France, la cochenille tortue du pin, Toumeyella parvicornis.

Cette espèce de cochenille, originaire d’Amérique du Nord, est désormais installée en Europe. Après une première détection en Italie en 2014, puis en France en 2021, elle fait actuellement l’objet d’une surveillance et de mesures réglementaires dans notre pays. En 2026, l’OEPP recense 149 foyers dans le Var. 

Pour nous, cette arrivée constitue surtout un rappel : la santé d’un jardin commence bien avant sa plantation.

Une cochenille qui s’attaque à toutes les espèces de pins ?

Toumeyella parvicornis appartient aux Coccidae, un groupe d’insectes piqueurs-suceurs. Les femelles et les larves prélèvent la sève des pins, principalement sur les jeunes rameaux et les petites branches, mais également au niveau des aiguilles.

En Europe, tous les pins ne semblent cependant pas présenter la même sensibilité. Les observations disponibles placent notamment le pin parasol (Pinus pinea) parmi les espèces les plus sensibles, suivi du pin maritime (Pinus pinaster) et du pin noir (Pinus nigra). Le pin sylvestre (Pinus sylvestris) peut également être atteint, tandis que le pin d’Alep (Pinus halepensis) présente jusqu’à présent une sensibilité nettement plus faible dans les observations européennes. 

La réglementation française porte actuellement sur un ensemble plus large d’espèces du genre Pinus, parmi lesquelles P. pinea, P. pinaster, P. nigra, P. sylvestris, P. mugo, P. contorta, P. banksiana ou encore plusieurs espèces nord-américaines. 

Cette distinction est importante : parler de « la maladie du pin » serait scientifiquement beaucoup trop imprécis. Il s’agit d’un insecte, dont les conséquences dépendent notamment de l’espèce de pin, de son environnement et de l’intensité de l’infestation.

Comment reconnaître une attaque ?

Le premier signe peut être relativement discret : les populations s’installent en colonies sur les rameaux et les aiguilles. En se nourrissant de la sève, elles produisent également de grandes quantités de miellat, une substance sucrée qui tombe sur les aiguilles, les branches, le mobilier, les voitures ou les terrasses.

Ce miellat favorise ensuite le développement de fumagines, constituées de champignons superficiels qui donnent à la végétation une coloration noire caractéristique. Le ministère de l’Agriculture considère d’ailleurs la présence de fumagine comme l’un des premiers indices permettant de repérer le ravageur.  À mesure que l’infestation progresse, les aiguilles peuvent rougir puis se dessécher. Des rameaux meurent progressivement, puis le dépérissement peut gagner des branches plus importantes. Dans les situations sévères et répétées, l’arbre peut finir par mourir. 

Le diagnostic ne peut toutefois pas reposer uniquement sur la présence de fumagine.

Une fumagine n’est pas un diagnostic, elle indique simplement qu’une quantité importante de miellat est présente. D’autres insectes piqueurs-suceurs peuvent produire ce type de symptôme. L’observation des colonies, de leur morphologie, de leur localisation sur l’arbre et, lorsque cela est nécessaire, l’analyse en laboratoire permettent de confirmer l’origine du problème.

C’est précisément pour cette raison que le diagnostic phytosanitaire constitue une étape essentielle.

Pourquoi cette cochenille se développe-t-elle aussi rapidement ?

La biologie de Toumeyella parvicornis explique en partie son potentiel de développement. Dans les conditions favorables du sud de l’Europe, elle peut accomplir plusieurs générations par an. Les travaux réalisés en Italie ont notamment montré trois générations annuelles dans certaines situations et une fécondité pouvant être très importante : jusqu’à plus de 1 000 œufs pour certaines femelles, selon les conditions et les générations étudiées. 

La dispersion repose ensuite sur un stade particulièrement mobile : les jeunes larves, ou « crawlers ». Elles peuvent se déplacer sur la plante, être transportées par le vent ou être véhiculées passivement par des animaux. Mais il existe une autre voie de dissémination qui nous intéresse particulièrement en tant que paysagistes : le déplacement de végétaux contaminés.

L’EFSA considère en effet que les plants de Pinus constituent une voie particulièrement importante de dispersion potentielle, car des femelles ou des stades immatures peuvent être présents sur les végétaux sans que l’infestation soit immédiatement visible. 

Comment est-elle arrivée en Europe ?

Il faut être prudent. Nous savons que Toumeyella parvicornis est originaire d’Amérique du Nord et qu’elle a été introduite dans différentes régions des Caraïbes avant d’arriver en Europe. Elle a été détectée pour la première fois en Europe en Italie, en 2014, autour de Naples, sur des pins parasols. 

En France, elle a été détectée pour la première fois en 2021 dans le Var. En revanche, nous ne savons pas aujourd’hui avec certitude si la population française provient directement de l’Italie ou si elle résulte d’une introduction indépendante. L’EFSA souligne explicitement cette incertitude. Cette nuance est importante.

Il serait tentant de raconter une histoire simple dans laquelle un ravageur serait passé d’Italie en France. Les données scientifiques disponibles ne permettent pas de l’affirmer. Toutefois, nous savons que les végétaux destinés à la plantation constituent une voie crédible de transport à longue distance et que les jeunes stades peuvent également être dispersés naturellement par le vent. 

Une expansion particulièrement rapide en Italie

L’exemple italien montre pourquoi cette espèce est surveillée avec attention. Après sa découverte autour de Naples en 2014, elle a été détectée à Rome en 2018, puis dans plusieurs autres régions italiennes. En Campanie, les suivis réalisés jusqu’en 2023 avaient identifié des infestations dans 203 communes, avec 28 % des 2 700 sites examinés alors positifs. La dispersion avait progressé des zones urbaines vers des plantations et des secteurs plus naturels. 

Les observations italiennes montrent également que les pins déjà fragilisés par des facteurs environnementaux ou anthropiques peuvent être particulièrement vulnérables aux conséquences des fortes infestations. En France, la progression est désormais documentée dans de nombreuses communes du Var. Les prospections officielles de 2026 ont conduit à l’identification de 149 foyers et à l’élargissement de la zone réglementée. 

Et en France ?

La première détection française avait eu lieu à Saint-Tropez et Ramatuelle. La situation a depuis évolué. En 2026, les zones infestées comprennent notamment Bormes-les-Mimosas, Cavalaire-sur-Mer, Cogolin, Fréjus, Gassin, Grimaud, Hyères, La Croix-Valmer, Le Lavandou, Sainte-Maxime, Saint-Tropez ou encore Vidauban. Une zone délimitée plus large comprend également de nombreuses autres communes du Var. 

La réglementation française est particulièrement claire sur un point : la lutte est obligatoire sur le territoire national dans les conditions prévues par l’arrêté du 11 mars 2022. Toute suspicion doit être déclarée à la DRAAF compétente et des restrictions de circulation des végétaux spécifiés existent dans les zones réglementées. 

Les branches et troncs provenant d’arbres contaminés font également l’objet de règles spécifiques afin d’éviter leur dissémination. En zone réglementée, le matériel contaminé doit notamment être géré selon des modalités permettant d’éviter la dispersion du ravageur. 

Peut-on lutter contre la cochenille tortue du pin ?

Oui, mais il n’existe pas de solution unique applicable à toutes les situations. La première mesure est la détection précoce. Plus une infestation est identifiée tôt, plus il est possible d’envisager une intervention raisonnée.

Les méthodes disponibles comprennent notamment des interventions sur les parties infestées, certains traitements insecticides autorisés, ainsi que des solutions relevant du biocontrôle. Les documents techniques de la DRAAF PACA citent notamment, selon les usages et les conditions réglementaires, des substances telles que la maltodextrine, certaines huiles ou l’azadirachtine, ainsi que des macro-organismes auxiliaires comme Exochomus quadripustulatus. 

Il faut cependant rester extrêmement prudent avec cette liste : la possibilité d’utiliser un produit dépend de son autorisation, de son usage, du type d’espace concerné et de la réglementation en vigueur au moment de l’intervention. Un traitement ne doit donc jamais être décidé à partir d’une simple liste de substances.

Par ailleurs, la recherche italienne montre que les auxiliaires naturellement présents ne suffisent pas nécessairement à contenir les populations lorsque la pression du ravageur devient importante. 

Éviter de disséminer plutôt que tenter de réparer

Cette histoire nous rappelle quelque chose d’essentiel dans notre métier : la prévention phytosanitaire commence chez le producteur.

Lorsqu’un arbre est acheté, il ne s’agit pas uniquement de sélectionner une belle silhouette, une variété intéressante ou un prix attractif. Il faut également s’interroger sur l’origine du végétal, ses conditions de production, son état sanitaire et les conditions dans lesquelles il a été transporté.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un végétal produit à l’étranger est nécessairement contaminé, ni qu’un producteur français garantit à lui seul l’absence de ravageurs. Mais travailler avec des pépiniéristes et producteurs identifiés, capables de connaître précisément l’origine de leurs végétaux et de mettre en œuvre une surveillance phytosanitaire sérieuse, constitue un maillon important de la prévention.

Le végétal est vivant, il peut donc transporter avec lui bien davantage que ses racines, son feuillage et son potentiel esthétique. Il peut également transporter des organismes que nous ne voyons pas encore.

Alors, faut-il encore planter des pins ?

La réponse ne peut pas être simplement oui ou non. En effet, le pin constitue un élément important de nombreux paysages et certaines espèces présentent des qualités remarquables pour les conditions climatiques méditerranéennes et certaines situations urbaines. Mais face à l’apparition de nouveaux bioagresseurs, la diversification devient une stratégie de résilience.

Un paysage constitué de grandes populations d’une même essence crée mécaniquement davantage de ressources pour un organisme spécialisé. À l’inverse, une palette végétale diversifiée permet de réduire la dépendance à une seule espèce et de répartir les risques sanitaires.

Il ne s’agit donc pas de bannir les pins. Il s’agit plutôt de ne plus penser une plantation uniquement en termes d’esthétique immédiate ! Le choix d’une essence doit intégrer son adaptation au sol, au climat actuel et futur, son intérêt écologique, son développement, sa consommation en eau, ses interactions avec les autres végétaux et les risques phytosanitaires connus.

D’où l’importance du diagnostic chez Les Jardins Suspendus des Garçons

Lorsqu’une plante dépérit, notre première question n’est pas : « Quel produit allons-nous utiliser ? » Notre première question est : « Que se passe-t-il réellement ? »

Un dépérissement peut résulter d’un ravageur, d’un agent pathogène, d’un problème racinaire, d’une mauvaise adaptation au site, d’un stress hydrique, d’une combinaison de facteurs ou encore d’une interaction entre plusieurs causes.

Notre approche de paysagistes botanistes s’appuie donc sur la botanique, la biologie végétale et la phytopathologie, afin de distinguer le symptôme de sa cause et de proposer ensuite une stratégie adaptée.

Dans le cas de Toumeyella parvicornis, cette démarche est particulièrement importante : identifier rapidement le ravageur permet non seulement de protéger l’arbre concerné, mais également de limiter les risques de dissémination vers les autres pins.

🌿 Le regard du botaniste

Une plante ne se résume jamais à son apparence au moment où nous l’achetons, elle est le résultat d’une histoire : une espèce, une origine géographique, une sélection variétale, un mode de production, un substrat, un environnement de culture, un transport et enfin un nouveau milieu dans lequel elle devra vivre.

Les échanges internationaux ont considérablement facilité la circulation des végétaux. Ils ont aussi facilité, involontairement, celle de certains organismes associés aux plantes. La cochenille tortue du pin nous rappelle donc que le premier geste phytosanitaire d’un paysagiste peut être un geste de sélection : choisir le bon végétal, auprès du bon producteur, pour le bon endroit, constitue déjà une forme de protection du jardin.

Et lorsque le problème apparaît, diagnostiquer avant d’intervenir permet de protéger à la fois la plante, son environnement et les végétaux qui l’entourent. C’est aussi cela, pour nous, concevoir des jardins vivants : ne pas seulement penser à ce que nous allons planter aujourd’hui, mais à ce que nous voulons être capables de conserver demain.

Et pour répondre à la question initiale : OUI, bien qu’élevés en pot, les pins – et notamment ceux de petite taille – ne sont pas à l’abri des maladies et restent particulièrement vulnérables aux attaques de la cochenille tortue du pin !

Références scientifiques et techniques

INRAE – Ephytia. « Forêts – Cochenille tortue, Toumeyella parvicornis. » Fiche technique consacrée à la biologie, aux hôtes et à la dispersion du ravageur. 

Ministère de l’Agriculture. « Un nouveau bioagresseur des pins : la cochenille tortue », 24 juin 2025. 

DRAAF Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Lutte contre la cochenille tortue du pin », mise à jour juillet 2026. 

EFSA Panel on Plant Health. Malumphy C. et al. Pest categorisation of Toumeyella parvicornis, EFSA Journal, 2022, 20(3):7146. 

Garonna A.P. et al. “The spread of the non-native pine tortoise scale Toumeyella parvicornis in Europe: a major threat to Pinus pinea in Southern Italy.” iForest, 2018, 11:628–634. 

Matsuo et al. Using Species Distribution Models to Estimate the Suitability of European Mediterranean Non-Native Area for the Establishment of Toumeyella parvicornis, 2023. 

OEPP – EPPO Global Database. Situation phytosanitaire de Toumeyella parvicornis en France et en Italie, mises à jour 2026. 

MNHN – ISYEB. Romain Garrouste, « Dans le Var, la progression de la cochenille-tortue du pin menace les paysages méditerranéens », mars 2026. 

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