Il pousse plus de choses dans un jardin que n’en sème le jardinier…

Le regain d’automne : quand le printemps revient avant l’hiver
Pourquoi certains cerisiers refleurissent-ils en automne ? Découvrez les mécanismes de dormance, la floraison secondaire et les effets du changement climatique sur la phénologie des arbres.
floraison automnale cerisier, cerisier en fleurs en automne, floraison secondaire, phénologie des arbres, dormance des arbres fruitiers, changement climatique arbres fruitiers, cerisier changement climatique, arbres fruitiers climat, botanique jardin, physiologie végétale
5062
wp-singular,post-template-default,single,single-post,postid-5062,single-format-standard,wp-theme-stockholm,wp-child-theme-stockholm-child,stockholm-core-1.1,select-child-theme-ver-5.1.8.1601593428,select-theme-ver-5.1.8,ajax_fade,page_not_loaded,side_area_over_content,wpb-js-composer js-comp-ver-7.0,vc_responsive

Le regain d’automne : quand le printemps revient avant l’hiver

Le regain d’automne : quand le printemps revient avant l’hiver

Quand les cerisiers refleurissent en automne

Il arrive parfois qu’au détour d’un jardin, d’un verger ou d’une rue, quelques fleurs apparaissent sur un arbre alors que l’automne est déjà bien installé.

Chez le cerisier, ce phénomène est particulièrement spectaculaire : quelques fleurs blanches peuvent s’ouvrir sur des rameaux qui, quelques mois auparavant, avaient déjà porté feuilles et fruits.

On parle couramment de « regain d’automne », de floraison secondaire ou encore de floraison automnale.

Ce spectacle peut sembler anecdotique. Il raconte pourtant quelque chose de beaucoup plus intéressant : le fonctionnement intime de la plante et sa capacité à répondre aux conditions environnementales.

Chez Les Jardins Suspendus des Garçons, c’est précisément ce type d’observation qui nous intéresse. Derrière une fleur qui apparaît « au mauvais moment », il existe toujours une histoire physiologique.

Une floraison qui n’est pas simplement ‘hors saison’

Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir au fonctionnement des bourgeons.

Chez les arbres fruitiers tempérés, les bourgeons floraux sont préparés plusieurs mois avant leur ouverture. Ils entrent ensuite dans une période de dormance qui permet à l’arbre de traverser les conditions hivernales défavorables.

Cette dormance n’est pas une simple période d’inactivité.

Elle correspond à un ensemble de mécanismes physiologiques complexes au cours desquels le développement du bourgeon est temporairement bloqué. La sortie progressive de cette dormance dépend notamment de l’accumulation de froid puis, dans un second temps, de températures suffisamment favorables pour permettre la reprise du développement.

Le cerisier fait partie des espèces particulièrement intéressantes à cet égard, car ses besoins en froid sont relativement importants. Les travaux conduits par INRAE sur la dormance du cerisier montrent que la température joue un rôle essentiel dans le contrôle du développement des bourgeons et de la floraison. 

Autrement dit, un bourgeon floral ne possède pas simplement une horloge qui lui indique que « c’est le printemps ». Il répond à une succession de signaux environnementaux.

Pourquoi certaines fleurs apparaissent-elles alors en automne ?

Le phénomène de floraison secondaire peut avoir plusieurs origines et il serait excessif de l’attribuer systématiquement au changement climatique.

Certaines espèces ou certains cultivars possèdent naturellement une capacité plus importante à refleurir en dehors de la période printanière habituelle.

C’est notamment le cas de certains cerisiers ornementaux. Des travaux expérimentaux consacrés à Cerasus subhirtella ‘Autumnalis’ montrent par exemple que sa capacité à fleurir en automne est associée à des caractéristiques particulières de la dormance des bourgeons et à la régulation de gènes impliqués dans ce processus. 

Chez d’autres cerisiers, une floraison automnale occasionnelle peut apparaître lorsque les conditions de température perturbent le fonctionnement habituel des bourgeons.

Une période automnale particulièrement douce peut ainsi favoriser une reprise du développement de certains bourgeons qui auraient normalement attendu le printemps.

Il ne s’agit donc pas nécessairement d’une véritable seconde floraison comparable à celle du printemps. Quelques bourgeons peuvent reprendre leur développement alors que la majorité de l’arbre est déjà engagé dans sa préparation hivernale.

C’est notamment pour cette raison que les floraisons automnales sont généralement beaucoup moins abondantes que celles du printemps.

Le changement climatique modifie les repères des arbres

Cette observation devient particulièrement intéressante lorsqu’elle est replacée dans le contexte actuel. Les arbres fruitiers des régions tempérées utilisent la température comme l’un des principaux signaux permettant de synchroniser leur développement avec les saisons.

Or, les températures évoluent. Les recherches de l’INRAE montrent que le changement climatique affecte déjà la phénologie des arbres fruitiers : dates de débourrement, floraison, maturation et entrée en dormance peuvent être modifiées. Chez le cerisier, les données françaises montrent notamment une évolution importante des dates de floraison au cours des dernières décennies. 

Cette évolution ne signifie pas que les arbres « perdent leurs saisons », elle signifie plutôt que les signaux environnementaux auxquels ils répondent sont eux-mêmes en train de changer.

Et cela peut créer des situations nouvelles. Un automne exceptionnellement doux peut prolonger l’activité végétative. Une accumulation de froid insuffisante durant l’hiver peut modifier la sortie de dormance. Un redoux hivernal peut provoquer une reprise prématurée, suivie d’un épisode de gel susceptible d’endommager les tissus floraux.

Le problème est donc moins la présence ponctuelle de quelques fleurs en automne que le dérèglement progressif de la synchronisation entre la plante et son environnement.

Une fleur en automne peut-elle donner un fruit ?

Dans la plupart des cas, il ne faut pas attendre une production comparable à celle du printemps.

Une fleur ouverte en automne se trouve dans un environnement très différent de celui rencontré lors de la floraison printanière.

Les températures peuvent être trop basses, les insectes pollinisateurs moins nombreux et les conditions nécessaires à la fécondation et au développement du fruit moins favorables.

De plus, une floraison secondaire peut consommer une partie des ressources que l’arbre avait normalement destinées à sa préparation hivernale.

Cela ne signifie pas pour autant qu’un arbre qui refleurit en automne est nécessairement malade.

Une floraison automnale isolée n’est pas, à elle seule, un symptôme phytosanitaire.

Elle doit être replacée dans l’ensemble du fonctionnement de l’arbre : état général, vigueur, feuillage, croissance annuelle, conditions hydriques, historique climatique et caractéristiques variétales.

Le cerisier, un véritable indicateur des changements de saison

Le cerisier constitue justement un excellent modèle pour étudier ces transformations. L’INRAE dispose notamment d’un réseau d’observation consacré à la phénologie des arbres fruitiers. Les observations portent sur différentes espèces et variétés et permettent de suivre dans le temps les dates de floraison, de maturation et de sénescence. 

Cette approche est particulièrement importante car une même espèce ne réagit pas nécessairement de la même manière selon les variétés.

Les travaux consacrés au cerisier montrent ainsi que les cultivars possèdent des besoins en froid et des réponses aux températures qui peuvent être différents. Les conséquences du réchauffement ne peuvent donc pas être comprises uniquement à l’échelle de l’espèce. 

Cette diversité génétique constitue d’ailleurs une ressource essentielle pour l’adaptation future de nos jardins et de nos vergers.

Faut-il s’inquiéter lorsqu’un arbre refleurit en automne ?

Pas nécessairement : une floraison automnale ponctuelle peut parfaitement être observée sur un arbre en bonne santé et ne justifie pas, à elle seule, une intervention.

En revanche, lorsqu’un phénomène inhabituel se répète, lorsqu’il s’accompagne d’un dépérissement, d’une croissance anormale, d’une chute prématurée du feuillage ou d’autres symptômes, il devient intéressant de rechercher les facteurs qui peuvent expliquer cette réponse.

C’est là que l’observation botanique et le diagnostic prennent toute leur importance.

Un arbre ne doit pas être analysé uniquement à partir d’un symptôme isolé. Il faut comprendre son environnement, son histoire, son fonctionnement physiologique et les contraintes auxquelles il est soumis.

🌿 Le regard du botaniste

Une floraison automnale nous rappelle une chose essentielle : les plantes ne vivent pas selon notre calendrier, elles répondent à des températures, à la durée du jour, à la disponibilité en eau et à une multitude de signaux environnementaux qui régulent leur développement.

Le changement climatique ne transforme donc pas simplement nos jardins parce qu’il fait « plus chaud ». Il modifie progressivement les repères biologiques auxquels les végétaux se sont adaptés au cours de leur évolution.

Observer une fleur de cerisier en automne peut sembler anecdotique. Pour un botaniste, c’est au contraire une invitation à regarder plus attentivement ce qui est en train de changer.

Et c’est aussi une raison supplémentaire de choisir demain nos végétaux en tenant compte non seulement du climat d’aujourd’hui, mais de celui dans lequel ils devront vivre pendant plusieurs décennies.

Chez Les Jardins Suspendus des Garçons

Notre métier ne consiste pas simplement à sélectionner des plantes parce qu’elles sont belles au moment où nous les achetons. Nous cherchons à comprendre où elles vont vivre, comment elles vont évoluer et quelles contraintes elles devront supporter.

La botanique, la physiologie végétale et l’observation du site nous permettent ainsi de concevoir des jardins capables d’évoluer avec leur environnement. Savoir s’entourer de pépiniéristes passionnés, concernés par le contexte de dérive climatique et avec une vision commune de la nécessité d’identifier et de produire une diversité de végétaux plus adaptables est aussi une de nos richesses.

Parce qu’un jardin réussi n’est pas celui qui reste figé après sa plantation, c’est celui qui continue à raconter une histoire plusieurs années après.

No Comments

Post a Comment